QUEL MOLIÈRE ! Le 22 Septembre à 16h Terrasse du Parc des Ondines à Changé (53) – Pour les Journées du Patrimoine

QUEL MOLIÈRE !” C’est le résultat d’un travail de lecture et de relecture de la vie et de l’œuvre – indissociables – de Molière, et abordé sous l’angle de la troupe, de la vie de la troupe. « Je ne veux pas m’occuper de l’humeur des acteurs, mais je veux les faire parler du monde.», aurait-il dit. Une notion de troupe perdue aujourd’hui si on la conçoit au travail dans une grande durée, mais que nous vivons, à L’Échappée en y mettant beaucoup de nous même, de notre temps, de notre argent, mais ainsi nous honorons le lieu qui nous est confié par la municipalité lavalloise et baptisé l’Espace Larrio Ekson.

Deux éléments ont provoqué ce travail : le sauvetage des flammes d’une magnifique charrette-théâtre de 1973 (tournées avec les Tréteaux de France) et rachetée au metteur en scène Erik Kruger qui m’avait dirigé dans “Turcaret de Lesage pour une série de séances au Château de Suscinio et à Vannes (2012, avec Bernard Ménez). Cette charrette est bien sûr le signe d’un théâtre mobile s’adressant à tous et qui occupa Molière une partie de sa vie avant de connaître la consécration à Paris et à Versailles.

Le second élément c’est justement cette équipe artistique (mais aussi technique) du Théâtre de L’Échappée qui se retrouve en totalité pour des créations : “Le Grand Cabarhino”, récemment joué au Festival international de Suceava en Roumanie et “Soirée exceptionnelle (décembre 2018), ou qui se retrouve fragmentée sur des projets tel que “La Loge (1 acteur, un metteur en scène, 2 techniciens), “Tapis (1 danseuse chorégraphe, I musicien-comédien, 2 techniciens)…

Le Grand Cabarhino

La connaissance de ces deux paramètres m’a bien sûr motivé et guidé dans l’écriture. La modernité des propos de Molière (Braunschweig n’a-t-il pas pour cette raison, monté “L’École des femmes à l’Odéon/novembre 2018), sa passion, son souci de la création, de la progression de ses acteurs, son goût pour les costumes et les décors ; tout cela qui est très sensible m’a inspiré. Force et fragilité. Poésie aussi. L’Art à côté de la politique ; le Théâtre du monde validé par le Roi… Œuvre véritable qui a fait évoluer le théâtre en France et n’a cessé d’inspirer des auteurs de vaudevilles, de pièces de boulevard tout autant que des auteurs d’avant-garde célèbres tels que Jarry, Beckett ou Ionesco.

J’ai donc, comme toujours dans le cas d’une adaptation ou d’une écriture à partir d’une figure emblématique, été fidèle aux déclarations vérifiées, à certaines thèses, à des travaux d’historiens et à ce que  je comprenais de l’œuvre du Maître de façon à faire les choix les plus cohérents parmi toute cette œuvre et de façon à tisser un fil dramaturgique efficace, donnant aussi quelques extraits, tournant la langue si belle du 17ème siècle –… Éviter le collage, le patchwork facile et gratuit… 

Impossible de tout évoquer, bien sûr, et même des pans de l’œuvre qui impliquaient des digressions trop fastidieuses ont été écartés au profit d’une compréhension, d’un rythme, d’un plaisir de la farce, le moteur de J.B Poquelin ; ne fut-il pas appelé « Le premier Farceur de France » !?

C’est au nom de tout ça que j’ai voulu donner à voir en début de spectacle une influence capitale pour Molière : la Commedia dell’arte et ses masques. Elle lui a inculqué la nécessité du rythme et l’innocence toute relative de la farce ; il fut semble-t-il lui-même un remarquable Sganarelle fort inspiré par le jeu des comédiens italiens, amis et rivaux. Quand apparaît notre Molière à nous, on est ballotté entre sa flamme, son exigence, ses inquiétudes et ses joies qui étaient les baromètres de ses collaborateurs… Des extraits sont joués, des noms de personnages – connus ou non (Qui sait que sa femme de chambre se nommait Arsinoé ? Qu’un de ses comédiens préférés s’appelait Baron ?), et des titres de pièces se font entendre… De brèves incursions contemporaines rappellent que c’est notre troupe d’aujourd’hui qui joue la troupe de Molière.

 “QUEL MOLIÈRE !” peut donner envie, je le crois et l’espère, de se plonger ou de se replonger dans l’œuvre essentielle, éternellement vivante du Maître ; elle peut donner à rêver, à réfléchir aussi.  

En tout cas c’est une création que nous avons ressentie comme une évidence, un besoin qui était caché et qui s’est révélé, causant à toute l’équipe.

          François Béchu, Juin 2019.